Loi bioéthique  : examiner le statut génétique de l’embryon n’est pas de l’eugénisme

Loi bioéthique  : examiner le statut génétique de l’embryon n’est pas de l’eugénisme

En deuxième lecture cette semaine à l’Assemblée, le projet de loi bioéthique devrait autoriser le diagnostic préimplantatoire des embryons. Loin de l’eugénisme dont on le taxe parfois, il constituerait une avancée dans l’aide à la procréation.

Tribune. Si l’ouverture de la procréation médicalement assistée au-delà des couples hétérosexuels figure dans les mesures les plus médiatisées de la révision de la loi de bioéthique, il est d’autres sujets d’une portée considérable pour la pratique française de la médecine reproductive. L’introduction du diagnostic préimplan­tatoire des embryons aneu­ploïdes (dit «DPI-A») fait ainsi l’objet d’une discussion parlementaire, toujours en cours, dont l’enjeu n’est pas mince : permettre aux médecins de proposer aux patients infertiles les techniques existantes à même d’améliorer la prise en charge de leur pathologie, alors même que les taux de réussite des fécondations in vitro paraissent médiocres dans un pays hier pionnier en la matière.

Le diagnostic préimplantatoire consiste, de manière générale, à étudier des cellules prélevées sur un embryon pour en déterminer le statut génétique. Il n’est pratiqué actuellement en France qu’avec une seule finalité : rechercher une anomalie géné­tique connue dans la famille, dans le but de ne transférer que des embryons qui ne développeront pas la maladie recherchée, telle que la mucoviscidose, la neurofibromatose, ou une translocation. Seule la pathologie dûment déterminée dans la famille a ainsi le droit d’être recherchée. Le DPI-A, qui n’est pas autorisé en France à ce jour, a un autre objectif. Il détermine les anomalies chromosomiques qui se sont constituées de façon aléatoire à la création de l’embryon, et qui ne sont donc pas transmises par les parents. Ces anomalies sont notamment plus fréquentes lorsque l’âge de la femme augmente, en particulier après 35 ans. Elles conduisent le plus souvent à ce que l’embryon ne soit pas viable, son transfert ne permettant pas d’obtenir une grossesse ou conduisant à une fausse couche. Le DPI-A concernerait donc davantage de couples, et bénéficierait à ceux qui ont été confrontés à des échecs répétés dans un parcours d’assistance médicale à la procréation.

JOURNAL LIBERATION – Par Catherine Rongières, cheffe du service clinico-biologique d’assistance médicale à la procréation CHRU et Estelle Naudin, professeure à la Faculté de droit de Strasbourg
2020-10-06T11:40:04+02:00